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  • L.-J. Wagner

Le bout du chemin...

On dit souvent que peu importe la destination, ce qui compte le plus, c’est le voyage, les bifurcations pour y mener. En littérature, c’est aussi vrai et si la sortie de mon premier roman est désormais toute proche, à portée de main, je profite de ces derniers instants sans lui, sans l’avoir encore dans ma bibliothèque, entre détachement et nostalgie.


A l’heure où j’écris ces lignes, nous sommes à J-5 avant la parution de Gangrène, une histoire d’amour. Avec un calme olympien qui me surprend moi-même. Après tout, ce livre ne m’appartient plus. Il est à destination des yeux qui voudront bien se poser sur lui. Je n’ai d’ailleurs pas encore d’exemplaire papier à ma disposition, même si cela ne saurait tarder. Je sais déjà que je ne le relirai


pas. Du moins, pas de sitôt. Je suis comme un parent qui aurait vu partir sa progéniture et qui goûte à ce moment d’absence avec une certaine félicité, doublée d’une pointe de mélancolie, tout de même. Je le rouvrirai peut-être dans quelques années, par pur amusement, comme si je découvrais un auteur inconnu. Car je ne le connais que trop et je crains de ne débusquer, ici ou là, une coquille, une erreur, une virgule mal placée, qui me donneraient envie de tout mettre au pilon.


Alors je garde en souvenir ces moments qui m’auront conduit à sa publication. Je n’ai que de faibles réminiscences de sa création. Je sais que j’en avais envoyé un exemplaire à quelques amis qui voulaient bien se prêter au jeu des premiers lecteurs, que je l’avais recorrigé en fonction de leurs remarques sagaces, que je l’avais envoyé à quelques maisons d’édition et qu’il avait fini par devenir un fichier de plus dans mon ordinateur, tapi dans un dossier numérique, attendant son heure.


Je me souviens aussi avoir voulu le relire, comme ça, par désoeuvrement, au moment-même où ma maison d’édition actuelle faisait un appel à textes. Ce ne pouvait être une simple coïncidence. Je me suis même surpris à rire, à aimer certaines phrases et quelques bribes de leur fabrication me sont revenues en mémoire. J’ai entrepris de le réécrire un peu, de changer sa fin, totalement et depuis qu’il a été accepté pour être enfin publié, il a cessé de m’appartenir. Le report de sa publication pour cause de pandémie n’y est sûrement pas pour rien. Et cette nouvelle attente aura éreinté mon excitation de le voir trôner en librairie. Elle reviendra sans doute, après les premiers retours, les premières critiques, les premiers échos. En attendant, nous aurons bien cheminé ensemble. Vole, vogue, éloigne-toi, mais ne m’oublie pas, comme tu resteras toujours quelque part en moi.


Je te dis donc à bientôt...


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© 2020 by L.-J.Wagner.